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Tu cours comme une gonzesse
lundi 7 juin 2010 par Transl./Trad. Topics&Roses , Tanja Walther , european gay and lesbian sport federation (eglsf)
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1. kick off / Coup d’envoi– INTRODUCTION
Le sport est d’une importance exceptionnelle à travers toute l’Europe. Le nombre de personnes intéressées par le sport augmente chaque année. Le sport est un facteur économique et récréationnel croissant. Les clubs, associations et organisations de sport sont des institutions importantes et influences de la société. Comme résultat de cette importance, le sport possède également une fonction sociale et politique. Le plus souvent, pourtant, les structures traditionnelles dans leur diversité d’orientation, d’intérêts et de besoins, empêchent le sport d’exercer sa fonction sociale et politique. Dans la plupart des cas, les clubs et associations de sport sont très réticentes à commenter des problèmes qui se posent comme la paix, la drogue ou la violence, par exemple.
Si le sport ne peut pas et ne doit pas faire office de magasin de réparation pour les problèmes que produit la société, en revanche, les personnes en responsabilité dans les organisations sportives ne peuvent ni ne doivent tourner le dos aux problèmes qui se posent. Le football est le sport d’équipe le plus populaire d’Europe. Le nombre croissant de spectateurs dans le football professionnel démontre le haut niveau de diffusion dont continue de bénéficier ce jeu. Le football est vendu avec un grand succès marketing comme un "évènement". En tant que phénomène de masse, le football n’est pas un miroir de la société mais plutôt un endroit où les notions culturelles influentes dans la société sont produites et se renforcent. De cette façon, le football participe de la société. C’est pourquoi le football peut être un instrument important pour atteindre des gens d’histoires, d’expériences et d’identités différentes. 59% des citoyens européens pensent que le sport fournit une possibilité de contrer toutes les formes de discrimination (Baromètre du Sport de la Commission Européenne, 2003).
Tous les membres de la communauté footballistique doivent affûter encore et encore leur conscience des problèmes tels que le racisme et les discriminations. Afin d’exploiter ce sport qu’est le football dans tout son potentiel, néanmoins, ce sont toutes les formes de discriminations qui doivent être combattues. Mais si le racisme figure fréquemment sur l’agenda des responsables, les discriminations et les injures liées à l’orientation sexuelle, à l’homophobie et au sexisme sont quant à elles le plus souvent négligées, bien qu’elles apparaissent elles aussi comme des problèmes récurrents dans le domaine du sport. L’homophobie et le sexisme ne peuvent pas être séparés l’un de l’autre, car les femmes lesbiennes font l’expérience répétée d’être les victimes d’injures massives tout à la fois homophobiques et sexistes [1].
Le sport est un élément intégrant de la vie quotidienne de nombreux gays et lesbiennes aussi. Ils peuvent être eux-mêmes des athlètes, ou bien des fans inconditionnels. Mais en raison de leur orientation sexuelle, cependant, ils sont parfois exclus, discriminés, ou forcés de cacher une part importante de leurs identités afin de prévenir les discriminations. En résultat, les homosexuels peuvent en arriver à ne pas pratiquer ou aimer toujours le sport autant qu’ils voudraient.
Ce rapport se divise en quatre parties. Il commence avec une explication des connections entre les catégories sexuelles et de genre concernant "féminité" et "masculinité" et l’homophobie. La seconde partie ambitionne de montrer les lieux où l’on peut trouver homophobie, sexisme et discriminations dans le football. Il apparaîtra évident que les hommes gays affrontent problèmes et formes de discrimination sur la pelouse et dans les gradins différents de ceux rencontrés par les femmes lesbiennes. La troisième partie fournit un certain nombre de suggestions et d’exemples sur ce qu’il faudrait faire pour parvenir à une situation dans laquelle les joueurs, les fans et toutes les autres personnes impliquées dans le football n’ont plus à vivre aucune forme de discrimination liée à leur orientation sexuelle. Le dernier chapitre donne un rapide aperçu de la Fédération sportive européenne des gays et lesbiens ((European Gay and Lesbian Sports Federation, EGLSF). Cette fédération a une vocation transversale pour traiter des problèmes gays et lesbiens dans le sport. Son but est de combattre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle et de promouvoir l’intégration et l’émancipation des lesbiennes et des gays dans tous les sports.
2. tu cours comme une gonzesse – GENRE et HOMOPHOBIE
Le football est une réserve, un refuge et un domaine protégé pour des notions datées de la masculinité [2]). Le football est le lieu ultime où la "vraie masculinité" peut être vécue et exprimée à la fois sur le terrain et en dehors. Les femmes comme joueuses, comme fans, comme membres des directions et comme journalistes, par contraste, demeurent de rares exceptions. La division courante de ce sport entre football et "football féminin" illustre l’idée que ce sont bien les hommes qui jouent le football "vrai" et "authentique", un peu, et même beaucoup, dans le sens où l’entendait Boris Becker lorsqu’il avait fait ce commentaire sur Steffi Graf lors d’une interview portant sur le tennis : "elle fait du tennis féminin ; moi je fais du tennis". [3]).
Les idées communes à propos de la féminité et de la masculinité sont profondément influencées par des notions collectives établies et transmises dans la société au travers des siècles. D’après la répartition traditionnelle des rôles selon les genres, la masculinité incarne des attributs tels que l’activité, le courage, l’intellect, l’affirmation de soi, etc. La féminité, à l’inverse, représente la modération, la faiblesse, les émotions, l’empathie, par exemple. Ces deux catégories réduisent la diversité des caractéristiques humaines et des formes de comportement possibles à un répertoire restreint à partir du genre.
Dans le sport, la féminité et la masculinité ont des frontières étroitement définies. Les femmes dans le sport, néanmoins, expérimentent de fait la possibilité d’exprimer des aspects de leur personnalité généralement définis comme masculins. Elles peuvent même être invitées à démontrer des qualités réputées typiquement masculines afin de réussir effectivement comme athlètes. Pour les femmes, le problème principal réside plutôt dans le fait de devoir choisir entre leurs identités respectives de femme ou d’athlète. Les femmes ont la possibilité d’être des sportives de haut niveau, et ainsi de transgresser la frontière entre féminité et masculinité. Pour les hommes, transgresser cette frontière du genre n’est pas aussi facile et résulte aussi dans des allégations d’homosexualité à leur propos. Les hommes qui échouent à se conformer à la répartition des rôles de genre traditionnels font l’expérience de sanctions autrement plus dures de la part de la société par rapport aux femmes parce qu’ils brisent alors un tabou beaucoup plus profondément enraciné.
Le monde du football constitue une part spéciale dans le monde du sport. Le football, c’est la sphère de la culture mâle, de la sociabilité masculine, du pouvoir des hommes. Seuls les "vrais" hommes jouent au foot, un jeu dans lequel tout affichage de qualités "féminines" sera considéré comme une faiblesse. Les qualités féminines n’y sont pas bienvenues ; elles sont réprouvées et rejetées. "Je considère à la fois la violence et le sexisme comme des caractéristiques centrales du football, sport dominé par les hommes. Le côté mâle du football est établi à partir de l’exclusion des femmes et des gays, ce qui entraîne le sexisme et l’homophobie"(SÜLZE 2005, 48) [4]). Ceux qui jouent mal sont appelés des "filles" ou des "pédales", par exemple. Dans le même esprit, les femmes joueuses de foot sont des "viragos" ou des "lesbiennes", - "lesbienne" signifiant en ce cas "non séduisante" et "masculine".
En dépit de cette résistance au changement concernant la frontière établie entre les genres, Sülze a pu identifier un certain nombre de tendances nouvelles : pour les hommes de gauche et les mouvements gays, par exemple, le rejet de la masculinité n’est plus synonyme de rejet du football. Selon un sondage de l’institut allemand Emnid, de plus en plus de femmes regardent les matchs importants de l’équipe nationale à la télévision, ce qui suggère que l’intérêt pour le football n’est plus exclusivement une prérogative masculine. Pour des raisons de marketing, le football est en train de devenir un évènement familial susceptible d’attirer une audience financièrement forte. Il en résulte que de plus en plus de femmes sont la cible des campagnes publicitaires et deviennent de plus en plus visibles en tant que spectatrices de matchs.
Malgré ces évolutions, pourtant, le monde du football persiste et signe : il est, définitivement, masculin. Misogynie, sexisme et homophobie demeurent les ingrédients du football. Ils peuvent être retrouvés dans les chants de supporters, les affiches et les photos, dans les injonctions à se déshabiller lancées aux joueuses femmes et aux pompom girls, et bien sûr, dans la sagesse tant répétée et si aimée qui veut que les femmes sont constitutionnellement incapables de comprendre la règle du hors jeu. Ajoutez encore que de nombreux footballeurs éminents ont déclaré publiquement que la véritable place des femmes était dans la cuisine. Selon Selmer [5], les femmes minimisent fréquemment le sexisme qu’elles rencontrent afin de justifier leur présence dans les stades de football. Qui plus est, les slogans sexistes passent parfois inaperçus parce que l’attention de tous est concentrée sur le match.
Ce ne sont pas les femmes en tant qu’individus qui sont rejetées mais les concepts féminins en eux-mêmes : rien de ce qui a l’air féminin ou sexy n’a sa place dans le football. Les femmes qui se sentent à l’aise dans un monde masculin du football le sont précisément parce qu’elles ne rencontrent pas là de "nanas" et parce qu’elles peuvent se conduire de manière libre et simple. Les femmes peuvent être individuellement acceptées dans ce monde d’hommes si elles sont de "vraies" supporters et se partagent le même enthousiasme pour le football. Elles n’ont pas à se conformer à des stéréotypes de genre d’aucune sorte et peuvent se comporter comme elles veulent dans les gradins. En tant que "vraies" supporters, elles ne sont pas soumises aux contraintes du comportement social féminin supposé. "Elles réussissent à se créer un espace de liberté dans lequel elles ne sont pas définies d’abord par leur sexe"(SÜLZE 2005, 48) [6]). Cependant, cette stratégie de genre ne peut fonctionner que dans un monde démesurément masculin dont l’ordre ne peut être perturbé, a fortiori détruit, par la présence de quelques individus femmes.
L’homosexualité est un tel tabou dans le football masculin que l’on pourrait penser que le premier joueur gay venu provoquerait l’effondrement de l’univers du football à lui seul. Cela paraît étrange si l’on considère le fait que le jeu met régulièrement en scène des manifestations variées d’homo-érotisme comme par exemple des joueurs ou des supporters qui s’embrassent, se prennent dans les bras, s’encouragent les uns les autres à la fois sur le terrain et dans les tribunes. Ces formes de contact physique, néanmoins, ne sont pas perçues comme de l’homo-érotisme. Au contraire, les joueurs et les supporters peuvent adopter toutes sortes d’attitudes dans les stades de football sans pour autant être considérés comme non-mâles. Dans ce contexte, Sülze évoque ce qu’elle appelle les forces de masculinisation du football qui autorise les hommes à par exemple porter des dentelles de fille, des boucles d’oreille, des sous-vêtements féminins (David Beckjam) tout en leur permettant d’en ressortir toujours comme des hommes, des vrais, de manière indiscutable.
(...)
Tanja Walther
Traduction : Karine Gantin, Topics&Roses
Dossier Foot 2010 de Topics&Roses

[1] NdT : pour comprendre la formulation de cette justification, ne pas oublier que le rapport a été écrit pour la fédération sportive européenne des gays et lesbiennes et que l’auteure justifie donc ici son inclusion du thème du sexisme en tant que tel dans son rapport. La suite du rapport, par son contenu, apporte d’autres justifications de fond encore de ce lien entre sexisme et homophobie
[2] Marschik, Matthias : Frauenfußball und Maskulinität : Geschichte – Gegenwart – Perspektiven. Münster 2003.
[3] cité par Palzkill, Birgit : Turnschuh oder Stöckelschuh. Bielefeld 1990.
[4] Sülze, Almut : Männerbund Fußball – Spielraum für Geschlechter im Stadion. Ethnographische Anmerkungen in sieben Thesen. In : Martin Dinges (Hg.) : Männer-Macht-Körper. Frankfurt, New York 2005, 175-191.
[5] Selmer, Nicole : Watching the Boys Play : Frauen als Fußballfans. Kassel 2004.
[6] Sülze, Almut : Männerbund Fußball – Spielraum für Geschlechter im Stadion. Ethnographische Anmerkungen in sieben Thesen. In : Martin Dinges (Hg.) : Männer-Macht-Körper. Frankfurt, New York 2005, 175-191.
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Mots-clés
- DISCRIMINATION
- football
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