Scandale des crimes pédophiles dans l’Eglise : une lecture puisant au féminisme peut être utile
jeudi 20 mai 2010 par Karine Gantin , Topics & Roses
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En posant ces questions, on n’analyse pas le problème. On essaie seulement de justifier le scandale, de le faire vivre, le mettre en scène, on le cerne, mais on ne fait que l’effleurer, avec la sensation désagréable de n’avoir rien dit, bref qu’il nous glisse au final de l’esprit. Pourquoi ? Une première hypothèse est qu’on ne peut trouver les mots susceptibles d’être à la hauteur du choc objectif, quelle que soit la posture intérieure face à cette affreuse affaire : « mais comment Dieu est-ce possible ? », ou bien « c’était couru d’avance »… Une autre hypothèse est que nous ne réussissons pas à poser en réalité la question correctement, alors que le premier enjeu est bien celui-là. C’est ce que je vais essayer de démontrer, m’appuyant sur une phrase percutante d’un récent communiqué du Réseau Européen Eglises et Libertés, qui m’interpelle comme chrétienne et citoyenne, certes, mais aussi en lien fort à mon propre bagage théorique féministe.
Les mots introuvables
D’abord, il est exact que nous ne trouvons pas les mots. Car cette alliance du sexe et du goupillon, et surtout de l’abus à la chaîne sur l’enfance avec sacristie en toile de fond, représente par excellence l’alliance des contraires la plus odieuse : la recherche de pureté divine et protectrice devenue soumission à l’abjection humaine la plus destructrice, le viol de la candeur sur fond d’autorité morale elle-même nourrie à une loi placée au-dessus des hommes, la déchéance humaine dans l’endroit même où l’on s’attend de la voir magnifiée par le sacerdoce, l’impossible gestion de la sexualité dans le moment même où on veut la tenir à distance au nom de valeurs et principes réputés autrement supérieurs… Impossible transcendance, imposture morale, cauchemar sur terre avec abandon des certitudes quant au refuge encore existant.
Arrêtons-nous au crime initial, celui de pédophilie : la pulsion a gagné. La pulsion peut gagner sur le sacré. Quelle découverte ! Tout le monde pourtant le sait déjà. Mais cette fois, le cadre est unique. La parabole, implacable. La répétition, hélas probante. On voudrait croire à une caricature grossière d’antipapistes. Ou à une fable si unique qu’elle vaut presque valeur de contre-exemple. D’épouvantail. De morale à sa façon. Mais il n’en est rien. Le ver est dans le fruit de telle manière, qu’on ne peut plus distinguer le mal du bien, ni la morale du crime. La pensée devient confuse. Là aussi, est bien le drame de cette histoire. Et la pensée devient d’autant plus confuse que s’y ajoute étroitement le crime de la justice non rendue à l’intérieur d’une institution se référant directement au ciel pour asseoir son autorité. S’y ajoute, également, le problème d’une société qui reste encore à la traîne pour éclairer et contrer la pédophilie en général, dans son sein et dans les familles.
Bref, les mots, comme devenus impossibles, ne font qu’accompagner le scandale, sans le réduire, ni l’encadrer, ni le maîtriser dans le cadre de la société, comme l’échec d’une catharsis publique par les médias pourtant quelquefois plus efficaces… en attendant bien sûr de voir ce que pourra la justice, si elle saura réparer totalement le mal fait, ce dont on doute, quelle que soit l’efficacité en situation des juges à rétablir l’ordre, prononcer des peines, dédommager les victimes et leur réaffirmer leur dignité à l’intérieur de la collectivité.
En disant, et disant encore, on semble ne dire toujours rien. Il y a traumatisme, ou malaise tout au moins face à ce qu’on refuse d’assimiler à un traumatisme, mot employé pourtant ici et là pour décrire l’irrémédiable dégoût engendré. Par les mots, on tente, seulement, comme de prouver que cela a eu lieu. La répétition à l’envi confirme, mais confirme presque d’abord la nécessité de confirmer, déréalisant sans cesse dans le même temps une nouvelle fois le fait lui-même dans nos consciences rebutées. Et la prolifération des scandales en divers endroits de l’Eglise, et l’abondance des sujets d’actualité sur cette affaire, sont ici comme l’anti-multiplication des pains : un anti-miracle, un défi à la pensée, un appel non pas à la foi, mais à la croyance dans une forme de néant de la morale. La pensée ahane, trébuche. Un ressort gaguesque à la Bergson pour une image clownesque de l’humanité, prise au piège d’elle-même, dévaluée, insensée de bas en haut de ses échelles sociales internes, animale sans rémission, même pas animale, pur mécanisme sans âme aucune et qui s’enraye. Bon à la casse.
De plus, le fait même que les victimes sont des enfants, barre plus encore la route à toute solution ailleurs par quelques-uns éprouvée. Ainsi, nous n’avons même pas droit, pour ceux qui seraient tentés, à quelque rattrapage par le biais d’un certain esthétisme lié à la morale de l’absurde, cette paradoxale victoire de l’esprit humain sur lui-même dans une geste quelque peu auto-sacrificielle, mais qui se rétablit aussi dans le même temps dans une certaine forme de vérité, donc de transcendance, par sa lucidité. De même encore, dans certains autres cas, et dans une posture quasi opposée à la précédente, les victimes sont passées après commisérations par pertes et profits, telles des victimes collatérales ou expiatoires d’un ordre social qui réaffirme au passage dans une propagande impeccable faisant feu de tout bois qu’il est lui-même globalement juste et fondé néanmoins. Ici cependant, parce qu’il s’agit d’enfants violés comme à la chaîne, de surcroît en contradiction directe avec l’objet de l’institution concernée, et dans une certaine mesure avec sa complicité, la nature du fait rend de telles démonstrations impossibles à tenir.
Croyants pris au piège des médias… et de l’analyse
Un fait remarquable me semble-t-il est le silence relatif dont les pratiquants ont fait montre ces dernières semaines, et notamment face aux micros. La presse certainement en ressort frustrée, en tout cas quelque peu désemparée : pas de tsunami dans les bénitiers ni de contre-attaque éclatante de pourpre, pas d’assaut Internet contre le site du Vatican ni de manifestations devant les lieux de culte, pas même des crises d’hystérie collective devant les caméras pourtant demandeuses… Les médias se retrouvent au final à gérer bien malhabilement un décalage évident entre le choc et son expression. Avec la recension des « petites phrases » ici et là, l’exhibition des sondages de circonstance est dès lors devenu ici le dernier recours des médias, comme une solution par défaut. Il ne faut pas leur jeter la pierre : ce n’est pas aux médias de faire en solo à la fois le compte-rendu d’évènements, l’auscultation des esprits et l’animation du débat. Ils font ce qu’ils savent faire, avec la matière à disposition mais aussi les moyens qui sont les leurs. Ils sont un rouage de poids dans la partie collective qui se joue, mais un rouage parmi d’autres. Du reste, ils ont été depuis les années 90 des intercesseurs privilégiés des victimes et ont permis au scandale d’éclater, ils ont aidé les victimes à se déclarer, se rassembler, sortir de leur mutisme, puis entreprendre une démarche de justice, ils ont poussé aussi l’Eglise à commencer de réagir, et elle l’a fait un peu plus qu’avant au fil notamment des années 90. Il faut porter tout cela à leur crédit. Et pourtant, les voilà condamnés aujourd’hui, dans le nouvel épisode que nous traversons, à cette fois tourner en rond et, finalement, à rajouter seulement à la frustration née de cette incapacité collective à penser le scandale.
Bien sûr, les chrétiens peuvent se sentir éventuellement agressés par les journalistes dans la période présente, et ils n’ont pas forcément tort : ce sont les fidèles qui les premiers sont sommés de prendre parti, de prononcer la sentence, de tirer des conclusions. Ainsi va la « machine de l’opinion » et le « jeu des médias ». Mais de là à se replier dans quelque tour d’ivoire, détenteurs d’une vérité autre et supérieure, entre indifférence aux demandes d’écho et hostilité pour ce qui fait la trame du temps, c’est un pas que les chrétiens avec lesquels je me sens en partage ne peuvent franchir du fait de leur foi elle-même. Les chrétiens d’aujourd’hui sont divers entre eux, et je serais pour ma part particulièrement en peine de les résumer, étant moi-même peu impliquée dans l’Eglise. Mais je crois profondément de mon expérience dispersée, nourrie cependant d’un même partage en foi, qu’ils sont nombreux, et souvent même au nom de leur foi, à se penser, à vouloir se penser, dans le monde, sans prétendre s’extraire des débats, moins élitistes même par leur foi : beaucoup ne condamnent pas d’emblée la toujours si triomphante et comme auto-satisfaite déferlante des médias, ni les « débats d’en bas », comme de faux bruits qui leur cacheraient le son des trompettes du Paradis. Au contraire. Au milieu de la mêlée, avec nos pensées et histoires toutes divergentes entre elles, croyants et non-croyants : voilà notre vraie place d’emblée désignée, à nous les croyants. Il n’y a d’histoire que collective, même si cette histoire est aussi la somme de chemins irréductiblement individuels et uniques. Nous participons tous d’un même mystère, dans lequel nous cherchons à communier ensemble dans un amour exigeant et par essence non sélectif, ne dédaignant aucun objet de la vie en société comme indigne par essence.
A mon sens, donc, l’explication de cette envie de silence, de cette évidente modération publique, n’est que faiblement une façon de vouloir volontairement se retirer de ce monde de bruit.
Cette réticence de la part des croyants à réagir et se faire entendre n’a que peu à voir aussi, faut-il le dire, avec quelque souci de couvrir la hiérarchie catholique au nom d’un principe d’obéissance aveugle qui s’enracinerait dans des siècles de tradition. De fait, les fondements même de la fidélité des fidèles envers leur Eglise sont aujourd’hui interrogés, ce qui nécessite un acte de ré-allégeance difficile et pourtant qui leur apparaît majoritairement comme a priori nécessaire, c’est-à-dire a priori comme le seul moyen de leur permettre de sortir de la confusion d’esprit insupportable décrite plus haut… Car il s’agit, d’abord, non pas tant d’un test de confiance dans l’institution elle-même, mais avant tout dans la foi qui la sous-tend, de la foi comme principe de structuration collective : se pose pour eux la question de réaffirmer leur confiance en la Sainteté de l’Eglise, ce qu’ont fait publiquement quoique tardivement ce dimanche 16 mai 2010 les quelques dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté leur soutien au Pape sur la place Saint-Pierre du Vatican… Ou, au contraire, apparaît pour les fidèles la nécessité d’une démarche rappelant que l’Eglise n’est pas au-dessus des lois, et la nécessité d’en appeler par conséquent à la justice et même à l’intervention des autorités publiques, comme le signifie le communiqué douloureux du 9 mai 2010 produit par le Réseau Européen Eglise et Libertés suite à son assemblée générale à Mennerode aux Pays-Bas.
Les deux démarches de la place Saint-Pierre et de Mennerode apparaissent à première vue comme antagonistes, et répercutent partiellement des divisions légitimes et peut-être profondes dans la communauté. Mais elles sont d’une certaine manière en réalité complémentaires aussi : rétablir spirituellement la confiance dans l’institution en réitérant l’allégeance aux valeurs qui la sous-tendent, et à son chef comme garant de celles-ci, place Saint-Pierre ; adosser politiquement l’institution complice du scandale à d’autres instances non compromises et qui peuvent avoir autorité, en l’occurrence les instances des Etats et de la Communauté européenne… Ces deux démarches, chacune avec sa tonalité et ses choix, indiquent clairement au final et de manière unique non seulement l’ampleur du désarroi -même minimisé ailleurs devant caméras-, mais en outre encore la profondeur de la faille induite entre la hiérarchie catholique et ses fidèles, et la nécessité de trouver les façons de retisser du lien entre les deux : c’est bien l’institution qui apparaît systématiquement comme poser en premier question, indissociablement de la question des crimes de pédophilie initiaux. Les chrétiens sont lourdement ébranlés par les révélations.
Mais en disant cela, on ne résout pas le problème posé initialement de la relative modestie de la réaction publique du côté des pratiquants catholiques. Mon hypothèse est que c’est en définitive précisément en raison de l’excès de mots qui ne disent rien dans l’espace médiatique que la communauté des croyants concernée, tout en murmurant souvent son choc, tout en esquissant quelques gestes forts, et tout en acceptant le rôle des médias, donne au final l’impression de se taire avant tout : elle est en butte elle-même à une incapacité flagrante de dire le traumatisme a fortiori de lui trouver des moyens de résorption adéquats, et elle ne la trouve pas davantage dans le débat médiatique, qui n’est nullement porteur en cette histoire. Bref, elle ne sait que penser. Difficile hélas pour elle de s’extraire du scandale, même en essayant de justifier une telle échappée par le besoin de recueillement ou de remise en scène positive de soi, car la démonstration achoppe vite, le bruit est trop fort, le traumatisme engendré, trop inexorable, le questionnement déclenché, trop insistant...
Notre confiance de croyants, de fait, a été mise à mal de toute part : dans nos prêtres, nos institutions, nos valeurs. Ainsi démunis, sans confiance ni point d’appui, nous devons affronter, à la fois et en nos fors intérieurs, bien des choses : le choc de l’horreur objective, la pensée claire et distincte du bien et du mal, et notre désir encore de reconnaître dans les prêtres des hommes de foi ainsi que dans notre prochain un homme de bien. Nous sommes aussi bien sûr confrontés à la légitimité même en interne des hiérarchies et de l’organisation ecclésiale, et à la crise majeure de l’Eglise face à la société. Eglise doublement coupable d’apparente imposture morale et de crimes avérés, Eglise vers laquelle nous ne pouvons plus sans réflexion nous retourner pour en espérer solution…
En outre, quel que soit l’état de nos réflexions théologiques ou simplement humaines à chacun de nous, d’une foi ou d’une autre ou sans foi aucune, il faut prendre le temps de regarder ce point complémentaire de réflexion qui mine aujourd’hui de détresse une partie des chrétiens : comment Dieu a-t-il pu permettre une telle horreur dans sa propre maison ? Dieu a-t-il abandonné ses enfants ? Ne pouvoir s’empêcher de se formuler à soi cette question, avoir honte devant Dieu d’en arriver à se la poser, désespérer d’avoir à répondre en tant que croyant de cela face à ses propres enfants, à ses amis non-croyants, face à soi-même, avoir l’impression simplement que le bateau coule, hommes et biens. Tel est le lot vécu lui-même comme infernal peu ou prou par une partie des fidèles. Désespoir, suffocation, repli abattu sur soi, menace dans sa foi, mise à l’épreuve de soi, traumatisme avéré.
Dès lors, sans confiance ni analyse, sans point d’appui d’aucune sorte, en pleine interrogation difficile sur le plan intime, comment continuer de vivre socialement, de s’exprimer et d’avancer ? Face au crime multiforme et massif, même l’analyse du pourquoi et du comment « on a pu en arriver là » nous fait défaut !
Et pourtant, c’est bien de vivre et s’exprimer pour progresser hors de la crise qu’il est demandé aux fidèles, maintenant, précisément maintenant, au beau milieu de ce mutisme de la pensée et de cet ébranlement indistinct de nombreuses certitudes acquises ou nécessaires !
Sortir de l’impasse ?
Chaque membre de l’Eglise doit dès lors se repenser lui-même, ainsi contraint, en lien à sa foi, à l’institution et au monde, voire, fardeau supplémentaire, en lien en tant que chrétien aussi aux victimes et aux coupables, en lien dans tous les cas ici à la notion de justice. Pour ce faire, il faut en passer par une analyse complète et satisfaisante du crime et des mécanismes qui y ont conduit, réduits ou non à l’échelle d’individus. Il faut regarder à l’intérieur de l’institution. Eclaircir le doute. Et comprendre. Oui, mais comment…
Une fois qu’on a analysé le phénomène de notre incapacité à dire le choc en décrivant les ressorts de celui-ci à partir d’une démonstration de la particularité de cette affaire en lien aux questions de la foi, de la transcendance, de l’autorité et de la confiance, une fois pris le temps de décrire tous les tenants et les aboutissants de ce qui nous écoeure et nous perd, et entamé peut-être aussi autant que nécessaire parmi les croyants des réflexions individuelles ou collectives sur la souffrance, l’innocence, le crime, la responsabilité, la destruction, la communauté, le sacerdoce, la volonté de Dieu, Son attente des fidèles, la nature de Sa puissance… Une fois cela fait, un but serait d’analyser l’Eglise catholique elle-même, vraiment, comme un objet social parmi d’autres, ou plus exactement, comme une organisation parmi d’autres, avec sa culture, ses règles, son fonctionnement et ses dysfonctionnements.
Bien sûr, l’Eglise est unique, comme l’est l’Etat, ou toute institution qui dispose d’un pouvoir exorbitant. Mais de même que les citoyens, plus encore que l’Etat lui-même d’une certaine manière, n’hésitent pas à penser et repenser l’Etat depuis la périphérie qu’ils occupent, de même je crois que les chrétiens de notre époque sont à l’aise pour penser l’Eglise, par moments, comme une institution lambda dont il faut se saisir, dont ils ont même le devoir de se saisir. Du reste, nous y sommes invités de l’intérieur, par ce discours prégnant dans la communauté et dans les prêches de nos prêtres, que les chrétiens sont l’Eglise.
Ainsi, on peut espérer s’extraire de l’alternative à laquelle nous semblons être confrontés aujourd’hui quand nous tentons de comprendre ce qui se passe concernant la posture de l’Eglise dans cette histoire. L’alternative actuelle, la voici me semble-t-il : 1) soit s’effondrer impuissants devant une monstrueuse anormalité suite à laquelle tout sera fait au final pourtant par certains pour minimiser celle-ci et finalement la nier, comme par réflexe de survie, en dépit de tout, mais à quel prix ; 2) soit constater une perversité intrinsèque si totale qu’elle implique une condamnation définitive du sacerdoce à toutes les échelles et peut-être pour quelques-uns, de la foi elle-même. Cette alternative jouera, et joue déjà peut-être, ici et là.
Mais cette alternative aride, stérile, serait objectivement un échec sans mesure avec ce qui est autrement attendu par nombre d’entre nous, et avec ce qui apparaît comme nécessaire.
Certes, on peut espérer beaucoup par ailleurs en soi de l’institution judiciaire, y compris dans un sens positif pour l’Eglise. La justice, lorsqu’elle remplit son rôle, établit les faits sans concession, permet un début d’objectivité et de certitude, discerne des coupables. Elle permet en outre, par les peines prononcées et les rappels à l’ordre que celles-ci induisent, - surtout si s’y ajoute la publicité des procès et des jugements, - des rectificatifs et tentatives de réforme utiles dans les organisations concernées.
Mais cette affaire présente ne pourra en aucun cas être ramenée seulement à une histoire de justice. Du fait de son ampleur, de sa complexité et de ses dégâts, elle implique des transformations autrement profondes de nos regards, et peut-être, et même certainement, des institutions, ensemble avec les fidèles.
Le communiqué de Mennerode
Un communiqué déjà évoqué du 9 mai 2010 produit par les membres du Réseau Européen Eglises et Libertés à Mennerode aux Pays-Bas, propose d’orienter la lecture à partir d’une grille d’analyse particulière, évoquant au passage des désaccords passés existant entre croyants et appareil catholique, mais sans pour autant tenter d’apporter déjà ses propres réponses, laissant plutôt la place ouverte au démarrage d’un débat vrai. Car à l’heure actuelle, problématiser suffit. C’est de cela que nous manquons pour réussir à avancer de nouveau.
Ce communiqué déclare notamment : « la récente crise allumée à travers le monde par la révélation massive de violence sexuelle perpétrée pendant des années par des membres du clergé catholique qui plus est à l’intérieur même des enceintes institutionnelles de l’Eglise catholique a tragiquement démontré le lien inextricable entre les positions par rapport à la sexualité humaine et les positions par rapport à l’exercice du pouvoir à la fois à l’intérieur de l’Eglise et dans ses relations avec la société civile, positions qu’une majorité de fidèles ne partagent pas. »
On peut tergiverser, tenter de voir d’un côté une transgression dramatique par des êtres trop faibles devenant criminels, de l’autre une tentative d’étouffement et de gestion interne par une hiérarchie courant impuissante après l’évènement. Pourtant, il y a bien quelque chose d’obscurément commun entre les divers faits qui constituent le scandale actuel, et qui ne sont en rien des faits divers. Cela, il nous faut l’entériner une fois pour toutes, comme un point de départ nécessaire.
Cela ne signifie pas que l’Eglise est par essence pédophile. Ni que les prêtres criminels aient eu la certitude objective d’avoir le droit d’agir ainsi. D’un côté, il y a des pulsions et des transgressions, des crimes ; de l’autre, des normes, une hiérarchie, un pouvoir avec ses règles dont celle d’autoperpétuation, et ses dysfonctionnements consubstantiels. Double crime, distinct dans la nature, peut-être dans la gravité - encore que cette dernière distinction soit pleinement interrogeable et qu’il serait regrettable de chercher d’abord à établir des différences de degré. Mais il s’agit d’un crime double néanmoins, participant, d’abord, dans l’esprit de chacun, d’une seule et même affaire.
Car, du point de vue même de la logique des faits, les crimes auraient-ils eu cette ampleur si la hiérarchie avait fait d’autres choix ? On peut sérieusement en douter. Et le délit dont s’est rendue coupable la hiérarchie n’est-il pas de fait, et juridiquement aussi, une complicité avec le crime de pédophilie initial, ajoutant qui plus est pour les victimes une violence supplémentaire qui procède d’un traumatisme comparable, avec confusion surajoutée dans leur esprit quant au nombre et à la nature des viols commis sur leur corps, et dans leur identité ? En outre, faut-il oser le dire, et qu’on le veuille ou non, pour les autres chrétiens eux-mêmes, profondément choqués, l’attitude des autorités aujourd’hui incriminées induit un doute irrépressible, désastreux, quant à la tolérance par ces dernières du crime initial sur le fond.
Le relativement court communiqué de Mennerode se choisit quant à lui un autre point de départ pour aborder le sujet. Il pointe sans ambages le problème suivant comme central : selon lui, ce qu’il désigne en termes choisis comme la « crise » déclenchée par les « violences sexuelles dans l’Eglise Catholique », interpelle l’institution ecclésiastique dans son rapport à la sexualité dans son ensemble, en lien qui plus est également à ses modes d’appréhension et d’organisation du pouvoir. Le trait génial de ce communiqué du 9 mai, est bien pour moi qu’il dit que, suite à la crise de la pédophilie, nous avons l’obligation de penser ensemble, et non dans une contradiction irréductible renvoyant à des opinions et des débats distincts, à la fois les prises de position sur la sexualité dans l’Eglise et les modes de pouvoir en son sein.
Ainsi, les scandales n’invalident pas forcément le postulat du célibat des prêtres, mais ils rouvrent à leur façon extrême le débat. De même, ils réinterrogent aussi l’ensemble des déclarations et prises de position officielles de l’Eglise sur la sexualité, qu’on le veuille ou non, puisque l’Eglise entend parler de cette dimension sexuelle à partir d’une posture morale bien spécifique, de nature spirituelle donc transcendantale, mais dont le constat objectif est que, d’une certaine manière au moins, - mais d’une manière néanmoins certaine, - cette posture morale a dramatiquement failli au regard du nombre de cas de pédophilie d’une part, et des interférences négatives trop nombreuses pour être anecdotiques dans la hiérarchie d’autre part. Et la question n’est pas que sexuelle ; elle est aussi bel et bien celle de l’autorité. Les deux ne sont pas radicalement séparées : il y a abus d’autorité morale par des prêtres d’un côté, occultation du crime par des autorités ecclésiales supérieures de l’autre. Dans les deux cas, la posture d’autorité est impliquée.
Un lien inextricable
Le texte de Mennerode parle d’un « lien inextricable », bref, d’un lien fort, mais qui nécessite d’être éclairci également pour lui-même, car il ne l’est guère pour l’instant, pour des raisons qui restent à établir. « Lien inextricable » : il faut à la fois constater le lien entre vision de la sexualité et organisation du pouvoir, et éclaircir la nature de ce lien. Il faut examiner enfin ensuite à la lumière de cette réflexion le rapport subjectif et objectif de ce lien lui-même au scandale en cours.
En d’autres termes : on peut enquêter sur les faits, suivre pas à pas les démarches en justice, essayer de réhabiliter l’Eglise et la charge sacerdotale dans une image positive malgré la tempête, tendre le micro à qui voudra comme le font les médias, mais il y a bien d’abord à raisonner dans cette histoire, et pour cela, non pas tant, pas seulement, commencer par une enquête policière sur les faits, laissée d’abord aux soins de la justice, ou par une demande d’éclaircissement sociologique sur la pédophilie en général dans la société, mais plutôt entreprendre dès maintenant un élargissement brutal de notre regard sur l’ensemble du paysage ici touché, afin de provoquer un changement utile de perspective et de susciter des idées nouvelles. Tenter alors, non pas un amalgame odieux entre le dogme, l’organisation de l’Eglise, les dysfonctionnements d’appareil et les crimes de pédophilie ou de complicité de fait, mais une pensée de l’ensemble comme un système articulé qui n’a pas encore révélé tous ses implicites et ses non-dits.
Car un parallèle se dessine entre le fait que des ecclésiastiques aient abusé de leur position pour violer des enfants et le fait que l’Eglise se taise dans de nombreux cas voire couvre le crime jusqu’à s’en faire juridiquement la complice, drapée dans sa propre autorité. Et le scandale a, soit révélé, soit créé, des passerelles entre le processus des violences commises avec couverture hiérarchique d’une part, et d’autre part les déclarations ecclésiales ex cathedra de moralité en matière de sexualité et la persistance organique dans le célibat des prêtres, malgré des demandes fortes d’évolution sur ce point dans toute la société. Au minimum, ce ne sont pas des faits autonomes les uns des autres, mais des éléments d’un système plus complexe dans lequel ensemble ils sont pris comme dans une nasse. Or, pour libérer les poissons de la nasse, il faut déplier ce système aujourd’hui refermé sur lui-même tel qu’il apparaît : un ensemble de croyants, de pratiquants, de responsables aux charges diverses, et dans le même temps, conjointement, consubstantiellement, un ensemble de valeurs, de discours, d’axiomes, d’angles morts, de principes établis d’organisation de l’autorité et de tentatives de mise en œuvre effective de cette dernière.
Bref, il faut déconstruire aujourd’hui intellectuellement ce système : en réexaminer un à un les acteurs, leur posture, leurs attentes et leur rôle, et les postulats, les sous-entendus, les raccourcis entérinés par la tradition, le dogme et la machine institutionnelle, les impasses antérieurement manifestées, autour de ce double enjeu de « sexualité » et « pouvoir ». La question de savoir comment les normes sont produites dans l’Eglise, notamment concernant la sexualité et la punition des crimes, et comment elles sont appliquées, par qui, désigné comment, pour quelle application, produite à partir de quels mécanismes du regard sur les valeurs, les règles et les enjeux, doit clairement faire partie de la réflexion à mener.
Encore une fois, penser les deux questions de la sexualité et du pouvoir ensemble n’implique pas en soi ni un déni de l’Eglise, bref un rejet en bloc de son histoire et de ses dogmes, ni non plus une bête réponse tranchant de façon opportuniste dans des polémiques et débats antérieurs à partir de propositions déjà prêtes. Mais nous avons besoin d’oser progresser sur des chemins nouveaux pour comprendre et sortir de la crise, qui ne se résorbera pas seule. La seule chose, c’est qu’il faut accepter de repenser tout, depuis le début, en distinguant chaque point, mais néanmoins de manière systémique : démêler le nœud, puisque nœud il y a.
Ensemble, penser l’institution en tant que système
Le communiqué de Mennerode, s’il se réfère d’évidence à des débats récurrents dans l’Eglise et parmi les fidèles, renvoie implicitement aussi tout autant me semble-t-il à l’évolution contemporaine d’une partie des sciences sociales et des réflexions féministes sur le lien entre corps et autorité, entre sexe et pouvoir, une évolution réinterrogeant de manière subtile notre définition même des deux termes chaque fois à partir du constat préalable d’un lien fort entre les deux.
De manière très générale, ces réflexions féministes et ce champ des sciences sociales établissent comment le crime sexuel n’est pas sans rapport avec la posture de pouvoir. Et que le pouvoir passe aussi par un contrôle – ou une volonté de contrôle - des corps, de la sexualité et de l’intimité, à partir d’argumentaires donnés d’autorité, mais en réalité construits par une matrice de pouvoir elle-même sexuée et orientée au départ, et qui produit pourtant au final un discours qui se donne comme objectif : bref, un discours bel et bien construit par des acteurs dans un contexte donné, s’alimentant à plusieurs sources de légitimité conjuguées elle-mêmes à examiner, - un discours néanmoins au final valant connaissance objective et valant norme morale dans une même lancée.
Dès lors, il faut essayer de remonter en amont, et de regarder l’institution à partir de ses spécificités de fait : masculinité et dogme de la masculinité de l’encadrement ; parcours « professionnels » des dirigeants ; principe de l’abstinence demandée aux sacerdotaux ; influence de la biographie des dirigeants de l’Eglise et de leur mise en réseau sur les normes, leur construction, leur performance, leur transmission ; étude générique à visée sociologique et pourquoi pas historique du rapport des ecclésiastiques à la sexualité en lien à leur propre parcours à la fois spirituel et biographique plus général… Et aussi : sources de légitimation de l’autorité et principes d’organisation choisis en conséquence, fabriqués à quel moment et pour quels débats en amont ; mécanismes protecteurs intégrés ou extérieurs de vigilance et de contre-pouvoir ; étude du ou des discours de spiritualité sur la sexualité cette fois en lien aux pratiques, besoins, capacités, demandes, différences, évolutions sociales et ce qui en est pensé ; audibilité et mode de réception des normes établies ; influence des jeux de pouvoir internes, notamment des enjeux privilégiés par les acteurs en position dominante, définition de la nature des retours attendus à un moment donné...
Il ne s’agit nullement ici d’édicter de manière intrusive une liste de thèmes de discussions pour le futur, au risque qui plus est d’étouffer le débat au lieu de l’éclairer et a fortiori de le lancer. Ni de nier non plus que l’Eglise a souvent fait preuve de volonté de s’ouvrir sur la société, de pousser elle-même le débat, de réfléchir particulièrement à certains de ces thèmes déjà. Mais, il s’agit au contraire de tenter, même maladroitement, à partir de réflexions ailleurs travaillées et développées, de faire entrevoir un peu la diversité des aspects contextuels et la complexité en situation des motivations à partir desquels les normes et les discours s’élaborent, se figent, et au final s’imposent à la société, dans l’Eglise comme en d’autres endroits, tels que les étudient une partie des sciences sociales aujourd’hui et dont d’autres courants dans la société, dont le féminisme, s’est déjà saisi fructueusement.
Probablement, une telle étude, ou un tel ensemble d’études, amèneraient au final des inflexions dans le contenu même des normes, principes et valeurs. Mais presque, je dirais que ce n’est pas le but en soi : dans l’immédiat, il s’agit d’entreprendre d’examiner surtout ouvertement, sociologiquement, politiquement, ces aspects du débat. Les inflexions des pratiques voire des discours qui en ressortiraient ne se produiront pas forcément du reste où on les attend a priori, puisque nos attentes d’aujourd’hui sont faites elles-mêmes à partir de nos grilles d’appréhension et d’analyse actuelles, sur lesquelles il est proposé précisément de revenir.
Il faut reconnaître qu’une telle entreprise de vision structuraliste sur l’Eglise, c’est-à-dire privilégiant l’analyse des mécanismes et jeux internes de pouvoir dans leur complexité, est malaisée dans le mesure où elle entreprend de défaire d’abord ce qui est donné comme référencé pourtant par la structure elle-même comme des valeurs non négociables et des discours d’autorité acquis. Bref, la notion de repère transcendant de référence semble devoir se dissoudre au final dans ce type d’analyse. Or, l’Eglise, comme les autres organisations, mais plus encore que les autres, a particulièrement besoin de cette transcendance : celle-ci est un principe consubstantiel de son fonctionnement, de sa légitimation, de son organisation et de son discours, car elle renvoie dans un même mouvement certes à un principe d’autorité très ancien et à des modes d’organisation historiquement et politiquement confirmés, mais aussi à la spiritualité elle-même, et à Dieu.
D’aucuns rétorqueront encore que tout cela est déjà réfléchi, ou du moins, su et perçu, que l’heure n’est donc pas, et même moins que jamais, à un « déballage » de ce type, comme pour ajouter à l’infamie.
Je ne dis pas pour ma part que cette réflexion n’a jamais été menée. Je serais en peine de l’affirmer, et plus d’une fois j’ai été frappée dans le passé par la profondeur, la rigueur et la lucidité de responsables de la communauté. Mais il est temps il me semble d’accentuer le débat, de l’intensifier, de l’élargir, de le fonder à partir de pistes puisées à d’autres sources dans la société, et de penser enfin à la base les questions de pouvoir et de sexe dans leurs articulations de diverses sortes, comme un enjeu en soi permettant de comprendre, ensemble, certains raccourcis, dysfonctionnements et impasses non encore mis à jour ou éclairés de manière satisfaisante.
En outre, face à la crise, et pour en sortir, il convient de tenir à distance même nos présupposés et dénis comme autant d’éléments participant potentiellement du système à décortiquer, bref produits par lui. Il nous faut avoir confiance en nous-mêmes. Il nous faut sortir de notre tanière de repli blessé. Mener une telle analyse, de l’intérieur, en tant que chrétiens capables de ne pas écarter pour autant une analyse spirituelle de la sexualité comme de l’organisation communautaire, est nécessaire. En tant que chrétiens, nous devons nous montrer capables de penser le système de l’intérieur, sans avoir peur pour autant aussi de nous adjoindre librement la collaboration de responsables, sociologues, philosophes, psychologues, acteurs divers, non-croyants et de confessions autres, qui sauront à partir de leurs propres cheminements et expériences nous accompagner dans ce regard en nous-mêmes, voire nous aider à mieux nous situer à nouveau dans notre foi, dans l’Eglise et dans le monde. Entreprendre une telle démarche serait en soi déjà un progrès. Penser courageusement, c’est déjà commencer de faire. Et quand ce travail est suffisamment collectif, quand la méthode établie se fait ouverte et volontaire, et qu’elle transgresse de manière inédite pour commencer des tabous identifiés, un signe est donné, un espoir est remis en scène, une partie est déjà peut-être gagnée.
Quand la norme faillit aussi brutalement à se faire entendre, et à rencontrer désormais encore en ingénuité la confiance de celles et ceux à qui elle se destine, il faut réinjecter du sens qui permette de se saisir du « pourquoi » et du « comment » on en est arrivé là, et entrer frontalement dans la bagarre du sens. Les pistes de réformes nécessaires au final apparaîtront ensuite, sans préjuger desquelles. C’est déjà une autre partie du débat. Du moins une bonne partie du chemin sera alors déjà parcouru sans qu’il y paraisse. Encore faut-il réussir à aller jusque là ! Le secours de la double justice institutionnelle et ecclésiale, pas plus que celui de la communion dans des messes et rencontres à l’intérieur de paroisses demeurant soudées en interne, ne sauront enrayer seuls le cataclysme. S’en remettre à la justice ni prier ne suffiront. Dieu, et cette crise produite dans notre Eglise, nous mettent face à nous-mêmes, en tant que collectivité politique, au sens le plus vaste de ce terme. Hommes et femmes ensemble et côte-à-côte.
Karine Gantin, Topics&Roses
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A propos de l’illustration
L’illustration de ce texte est un détail de la jacquette du DVD Ordre et Châtiment (film pour la télévision USA, 2005, titre original "Our fathers"), du producteur et réalisateur Dan Curtis. Facilement disponible en magasin vidéo, le film transpose dans un mode fictionnel les péripéties d’une des affaires récentes de pédophilie ecclésiastique traduite en justice à Boston. Victimes, Eglise, familles, prêtres, journalistes, justice y apparaissent dans leurs liens et leur cheminement face à l’affaire qui éclate. L’enchaînement des scènes et les dialogues, servis par des acteurs remarquables, contribuent à un scénario hors-pair qui plonge le spectateur dans les méandres psychologiques des divers protagonistes, au plus près des âmes, serrant le drame à ses divers niveaux d’imbrication pour une représentation exhaustive du scandale. Le film ouvre au final des pistes d’analyse de manière claire, sans être pour autant didactique, donnant plutôt à sentir, à voir et à entendre, avec un usage du flash-back enserré dans la trame narrative de manière extraordinairement coulante, significative toujours, très réussie : le temps est celui des faits et des souvenirs, d’hier, d’aujourd’hui, des réminiscences et des correspondances, il se rassemble et se reconstruit au fil du procès et du film pour redevenir ce qu’il aurait dû être : humain, épais, complet, rassemblé. Car le procédé du flash-back se trouve si finement utilisé qu’on se croit pris dans une histoire et un mouvement uniques, non pas inexorables, mais compréhensibles soudain. Un film souvent noir dont on se souvient longtemps.
Karine Gantin
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