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- > Topics & Roses, un site ressource utilisé par la Documentation Française (Le dimanche 27 décembre)

Jolie nouvelle, joli cadeau de fin d’année pour le site Topics&Roses !

Le site est cité sur un quart de page dans cet ouvrage pédagogique de la Documentation française dirigé par Michel Foucher ! Une ressource documentaire sollicitée et mise à disposition des internautes exclusivement par Topics&Roses, conformément à la vocation du site, y a en effet été reprise dans la double page intitulée "Femmes : une émancipation en marche ?", en complément d’une photographie et en regard d’un article du Monde disposant de l’espace équivalent sur la page... Une reconnaissance aussi drôle, jolie qu’appréciée... Où la preuve enlevée que Topics&Roses contribue à sa façon aux nouveaux (dés)équilibres mondiaux...

Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux (Dossier n.8072)

MICHEL FOUCHER

La Documentation française

Année d’édition : 2009 // Réf. : 3303331280729 // 64 pages, 21x29,7 cm // ISSN : 0419-5361 // 10,80 € // Livraison possible à partir du 4 janvier 2010 par la Documentation française

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Rabiatou Diallo, les femmes et le syndicalisme

Histoire(s) d’hier à aujourd’hui en Guinée

samedi 22 décembre 2007 par Karine Besses

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En janvier et février 2007, la Guinée a vécu des heures sombres mais porteuses d’espoir. Une incroyable insurrection populaire s’est déroulée au nom de la démocratie. Une des leaders de ces luttes a été la syndicaliste et féministe Rabiatou Diallo, Secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). L’occasion de revenir, à l’occasion d’une intervention de Mme Diallo, sur la place des femmes dans les luttes. Un témoignage de premier plan sur les ressorts et perspectives des luttes actuelles en Guinée.

Lors d’une rencontre à Paris [1], la leader syndicaliste guinéenne Rabiatou Diallo a éclairé les évènements récents à travers son combat syndical et son combat pour les femmes. Femme elle-même toute en rondeurs, au visage concentré lorsqu’elle raconte le déroulement des luttes récentes et qui s’éclaire soudain lorsqu’elle demande au peuple guinéen de ne pas jouer le jeu de la division : « que chaque Guinéen ici et là bas se dise : je suis guinéen. Tout les guinéens sont des métisses »...

Les femmes guinéennes à l’avant-garde des mouvement sociaux

En Afrique de l’Ouest, les femmes sont traditionnellement bien organisées. De nombreuses associations des femmes rurales et urbaines se créent autour de diverses activités : entraide et tontine, vie du village, initiation des jeunes filles, maraîchage, commerce, etc. En raison de leur proximité aux questions sociales quotidiennes, les femmes sont particulièrement sensibles à la question du pouvoir d’achat et de la disponibilité des denrées alimentaires.

Un important travail est également porté par des associations de femmes, soutenues par les syndicats, et qui ont pour but de faire connaître les droits des femmes qui, bien qu’insuffisants, ont leur place dans le droit guinéen. « Les femmes ne connaissent pas leurs droits. Par exemple les droits d’une femme qui n’a pas d’enfant de son mari lorsque celui-ci la quitte. »

Les femmes se sont beaucoup impliquées pendant les dernières luttes. Elles s’organisaient pour tenir le marché la nuit, « car la vie d’un Guinéen est faite de quotidien ». Les jeunes aussi se sont levés. Pour Rabiatou, « cette génération n’a pas connu la révolution, ils n’ont pas eu peur ».

« En Afrique, c’est la femme aux mille bras », comme elle aime le rappeler. « Quand il le faut, on utilise la femme pour la production, mais il faut l’impliquer dans la politique, dans la sphère de décision. Il existe un code du travail qui est en sommeil en ce moment et sur lequel nous travaillons. Les Plans d’ajustement structurel ont eu de graves conséquences sur les femmes, ce sont elles qui ont perdu leur emploi par manque de qualification. Ce sont les femmes qui aujourd’hui se retrouvent dans le secteur informel, avec les jeunes », avec certaines réussites mais aussi de nombreux problèmes de travail décent.

Les femmes ont pourtant la possibilité de faire des études et sont particulièrement assidues, mais leur parcours est souvent interrompu par un mariage précoce. « C’est aujourd’hui que la femme peut prendre toute sa place dans la société guinéenne », dit Rabiatou.

Après avoir été des actrices majeures dans l’accession de la Guinée à l’indépendance en 1958, les femmes ont mené en août 1977 une lutte importante contre le contrôle de l’Etat qui ponctionne les recettes du commerce local (principalement sur les marchés) à des fins douteuses. Tout est parti du marché de Madina à Conakry, pierre angulaire du système de consommation urbaine, principalement occupé par des femmes. Suite à une altercation avec un contrôleur économique, une extraordinaire marche de femmes était alors partie du marché vers le palais de la présidence. La répression ne se fit pas attendre et arrestations arbitraires, intimidations, condamnations se succédèrent. Une politique d’assouplissement s’ensuivit pourtant avec la suppression notamment de la police économique, une ouverture de la Guinée vers l’extérieur qui permit l’apparition de nouveaux produits de première nécessité... mais qui annonça également l’entrée de la Guinée dans la libéralisation. « Les femmes guinéennes ont toujours été à l’avant-garde aussi des luttes anticoloniales. Ayant consenti pendant la période coloniale à d’immenses sacrifices, tant individuels que collectifs, elles ont été amenées à dénoncer publiquement la politique impopulaire du régime » écrit Malik Condé, frère de Alpha Condé, le leader du premier parti d’opposition socialiste guinéen (RPG).

Pour ce troisième grand moment que fut 2007 dans l’histoire des luttes guinéennes, le rôle des femmes fut une fois encore essentiel, tout comme celui des étudiants. Et l’exemple de Rabiatou Diallo peut susciter d’autres vocations. Elle, rend hommage aux femmes qui l’ont soutenue dans son ascension vers la tête du principal syndicat guinéen : « cela a été très difficile d’arriver aux commandes de la CNTG. Ce sont les femmes qui ont fait du lobbying pour que je sois élue. Lors du congrès de la CNTG en 2000, elles m’ont encouragée à présenter ma candidature à la direction de la centrale. » Rabiatou en a depuis profité pour faire renaître les commissions de femmes au sein des syndicats. Les hommes sont présents dans ces commissions mais ce sont les femmes qui les dirigent. « Il est temps que la femme puisse prendre toute sa place dans toute les sphères de la société guinéenne. »

Guinée, La grande grève tragique de janvier 2007, avant, après. En guise de préambule explicatif.

En décembre 93, les premières élections pluripartites de Guinée confirment le général dictateur Lansana Conté dans ses fonctions. Les violentes émeutes qui les accompagnent révèlent la fragilité du processus démocratique.

Depuis, des poches de libertés et d’actions communes ont été construites petit à petit par la société civile, et notamment par les syndicats. Ainsi en 2002 a vu le jour la CNOSCG [2], un réseau de 48 organisations comprenant : six centrales syndicales, un grand réseau de média et de nombreuses associations.

Il y a eu également un grand processus d’unification des syndicats. En 2004, les 7 centrales guinéennes se sont rencontrées et « ont réalisé ensemble l’ampleur du dérèglement de l’Etat » (propos de Mariama Penda Diallo, syndicaliste guinéenne). Puis, progressivement, les deux principaux syndicats, la CNTG et l’USTG, se sont rapprochés, mettant de côté leur antagonisme (la CNTG émanant de l’Etat s’en est éloigné peu à peu) et créant en 2005 une inter-centrale. Un premier accord est signé en mars 2006 avec le gouvernement, après une grève de cinq jours organisée par la plate-forme. « Ce fut un tournant du syndicalisme guinéen. Le gouvernement a compris que nous étions des partenaires incontournables », explique Mariama. Depuis d’autres grèves ont eu lieu jusqu’à cette dernière grève tragique, largement suivie par le peuple, débuté le 10 janvier 2007 et qui a vu plus de 150 morts et 1 500 disparus ainsi que nombreux viols et autres exactions. Après deux semaines d’Etat de siège déclaré par Lansana Conté, la grève fut suspendue avec la nomination, à la demande des syndicats, de Lansana Kouyaté [3], ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO, chargé de mener un gouvernement de transition et la signature d’un protocole négocié entre le gouvernement, le patronat et l’Inter-Centrale CNTG-USTG élargie à l’ONSLG et l’UDTG. Depuis, la situation s’est apaisée, mais le ferment du changement est là. Le pays n’est pas pour autant hors de danger, en témoignent les derniers incidents graves du mois de mai 2007 dus aux militaires.

Les négociations tripartites, gouvernement-syndicat-patronat ont repris la dernière semaine de novembre 2007 à Conakry. Une rencontre a regroupé mardi 28 novembre, les représentants du gouvernement, les leaders syndicaux et le patronat guinéen. D’abord pour calmer les jeux après le préavis de grève lancé par l’Inter Centrale CNTG-USTG, le 20 novembre, la Direction nationale du budget (une division du ministère de l’Economie et des Finances) a annoncé la régularisation de la situation de 4000 agents contractuels. "Ces agents seront pris en charge par la Fonction publique d’ici fin 2006", a annoncé le directeur national du budget.

La Guinée prise en otage par le système Conté

La situation est plus que complexe en Guinée. Après avoir vécu, non sans résistances, plus de 50 ans de colonisation « officielle » et plus de 50 ans de dictature [4], le peuple guinéen se retrouve dans une impasse. La situation économique est catastrophique, les prix montent indéfiniment, obligeant les femmes à déployer une énergie incroyable pour faire face à la dépense quotidienne. Réseaux routiers et électriques très faibles, difficulté d’approvisionnement en eau potable, taux de chômage à peine envisageable, principalement chez les jeunes, sont les indicateurs d’un abandon total par le gouvernement guinéen de la poursuite du bien-être pour sa population.

Pour dresser un tableau plus impressionniste... on peut évoquer une capitale Conakry elle-même non épargnée par d’incessantes coupures d’électricité, depuis des années. Les ferronniers, et autres travailleurs et travailleuses attendent souvent que la nuit s’installe et que l’électricité arrive entre 22h et 5h du matin. Dans les campagnes, quasi nullement électrifiées, l’approvisionnement en eau potable devient un grave problème à chaque saison sèche. Les campagnes souffrent en outre de l’enclavement résultant d’un réseau routier et ferroviaire réduit au strict minimum : de grandes voies commerciales, reliant les grandes villes de la sous-région entre elles, ainsi que les ports aux ressources naturelles (principalement minières).

La Guinée est un pays où l’élite au pouvoir n’a eu de cesse de renforcer son emprise et de contrôler la totalité des secteurs économiques. Un pays où les droits d’exploitation des principales réserves de bauxite et de fer au niveau mondial ont été concédés au rabais aux diverses multinationales et aux banques internationales. Tout ceci dans une gestion totalement arbitraire, appuyée par une militarisation importante et un système de corruption quasi inégalé en Afrique. Parler ici de junte au pouvoir ne semble pas exagéré [5].

« Chacun voit son intérêt d’abord, défend son bifteck ou son fauteuil avant toute chose ! », dénonce Rabiatou.

Au-delà de la corruption et des dangers de divisions

En effet, Rabiatou a raison. Au vu de cet état des choses et des récents pas gagnés vers la démocratie, les risques de division sont nombreux, plus que jamais attisés par un pouvoir qui perd pied. Divisions entre les partis politiques d’opposition, qui ont eu si peu d’espace pour exister ces dernières décennies, division au sein des syndicats, entre la CNTG, l’USTG, l’ONSLG. Divisions entre syndicats et partis politiques, qui se méfient les uns des autres. Les partis, critiqués pour leur manque de participation aux luttes récentes, fustigent les syndicats d’avoir joué et de jouer encore un rôle politique qui leur a été dévolu dans la lutte. Division, et c’est sans doute le plus tragique, entre les ethnies de ce pays qui ont jusqu’à présent vécu-côte-à côte en bonne intelligence. Peul, Soso, Malinké, Toma, Baga, etc., les « appartenances » sont à priori visibles dans le nom de chacun, élément pourtant parfois trompeur dans ce pays métissé.

Chaque acteur peine à gagner la confiance du peuple et à prouver sa probité dans un pays où la corruption est une pratique sociale comme une autre, intégrée à tous les niveaux. Après la grève, de nombreux syndicalistes sont soupçonnés d’avoir été corrompus par le pouvoir en place. Les Guinéens présents dans l’assistance ce jour là à la Bourse du Travail à Paris titillent gentiment leurs frères au pays qui laissent passer l’occasion donnée par les dernières avancées en se montrant trop conciliant envers le nouveau gouvernement voire en se compromettant avec lui.

Le nouveau gouvernement mené par Kouyaté accumule les mauvais points. Le protocole, négocié entre le gouvernement les syndicats et la société civile n’a pas été respecté. La restructuration de la banque guinéenne n’a pas été lancée. La révision des contrats miniers non plus, tant l’Etat est non seulement compromis mais aussi pris au piège par les multinationales étrangères à cause de dettes accumulées via les avances sur paiement. La commission d’enquête internationale qui devait être mise en place pour faire la lumière sur les exactions commises lors des évènements de janvier–février 2007 s’est réduite en une commission nationale indépendante inactive jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement traîne des pieds quant à la préparation des prochaines élections, tâche pourtant non négligeable tant le système électoral est déstructuré par des années d’ "achat des votes" et de magouilles en tout genre. Kouyaté, choisi pour sa qualité d’être « hors système Conté » et pour ses services rendus à la CEDAO, se révèle moins indépendant que la société civile l’avait espéré et est accusé de préparer l’après… Le gouvernement multiplie les manipulations pour gagner du temps et créer un pourrissement des mouvements en marche. D’après Rabiatou Diallo, le gouvernement aurait créé suite aux événements pléthore d’associations, de syndicats, pour brouiller les pistes et infiltrer les mouvements.

Cette accumulation de mauvais signes pousse les syndicats à réagir, tout d’abord avec une "lettre ouverte" en juillet 2007 dernier, qui augurait de positions de plus en plus frontales dont on voit l’aboutissement ces derniers jours avec le préavis de grève lancé par l’Inter Centrale CNTG-USTG, le 20 novembre 2007. Rabiatou Diallo nous rappelle que la grève n’a été que suspendue en février 2007 et lâche en colère : « ils vivent de ça : diviser pour mieux régner. Ils en ont les moyens, ils ont l’argent. Nous, nous n’avons que notre bouche. Evidemment, il existe des tentatives de division, mais pour la cause commune nous resterons un et indivisible ! ».

Rabiatou, grande figure des dernières luttes guinéennes

C’est donc dans ce contexte qu’une femme plutôt incroyable s’est levée et continue à lutter. Dans cette confusion, elle représente certainement pour des milliers de Guinéens au pays et dans le monde, la figure de la force tranquille et de l’espoir, même si elle ne manque pas de subir certaines critiques auxquelles elle répond à sa manière [6] : « je ne change pas, mon ventre n’est entre les mains de personnes ». Seule femme à la tête d’une grande centrale syndicale en Afrique, Riabiatou Diallo tient réellement le rôle de figure de proue des luttes actuelles pour le changement en Guinée. Par ses anecdotes, se mettant en scène, elle contribue à créer le mythe, porteur d’espoir et de référence pour toute la nouvelle génération, tout en rappelant modestement, « je ne suis qu’une goutte d’eau dans l’océan. C’est vrai qu’il faut une tête à une organisation mais j’ai une équipe avec moi, j’ai un fort engagement avec mes collègues ».

Son « palmarès » [7]est impressionnant. C’est un long parcours que le sien depuis ses 21 ans où elle devint Secrétaire générale du comité d’arrondissement des travailleurs (CAT) de la section I de la CNTG à Conakry.

Elle fait sans doute figure pour beaucoup de « mère courage » mais elle nous confie que depuis le plus jeune âge, elle se tient parmi les hommes, affectionne les occupations de « garçon » et se préoccupe peu de son apparence, ayant notamment horreur des artifices du maquillage !

Rabiatou Diallo nous explique méthodiquement le déroulement des événements. La phase des tentatives de négociation, des propositions, le commencement de la grève le 10 janvier 2007 que les syndicalistes nomment, non sans humour, la « grève civilisée » où chacun reste chez soi. Puis le tournant, à partir du 17 janvier : « lors des premiers jours de grève, nous demandions à chacun de rester chez soi, mais n’obtenant pas de réponse du gouvernement, nous avons décidé de descendre dans la rue. Cela a vite dégénéré les jours suivants, et les forces de l’ordre nous sont tombées dessus. Je me suis prise une balle dans la jambe. Tout le monde a cru que j’étais morte. Dans l’ambulance, j’ai demandé de ne pas aller à l’hôpital mais que l’on me mène à l’Assemblée nationale, pour demander la libération des collègues enfermés. Le 22, ça a été le carnage, surtout pour les jeunes », lors de la grande manifestation organisée des banlieues vers le centre de Conakry et qui avait pour but de se rendre au palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale.

Elle fait rire toute l’assemblée en racontant une « anecdote » salée concernant l’arrestation des membres actifs du syndicat quelques jours plus tard. Un moment où tout aurait pu déraper comme souvent en Guinée : « nous étions a la Bourse du Travail quand des bérets rouges sont entrés. Ils ont sauté sur nous pour nous immobiliser et nous battre, nous tuer peut-être. Je sentais que j’étais déjà morte. Alors, que les hommes m’excusent, j’ai dégagé ma main et j’ai saisi la parti la plus sensible de mon adversaire et j’ai serré de toute mes forces ! Je me disais : puisque c’est la fin autant partir avec quelque chose ! L’homme me criait de le lâcher. Je lui ai répondu à moins que vous ne me coupiez le bras, je pars avec votre sexe ! ». Entre rire et mort.

Elle raconte encore pour nous faire passer l’horreur vécue : « ils ont tout pillé, cassé tous nos ordinateurs, nos portables, détruit nos archives. En sortant j’ai vu deux femmes de notre équipe se faire tabasser dehors. On a amener un femme à la prison de la sûreté pour qu’elle se fasse violer. Pendant toute la période de l’Etat de siège, il y a eu de nombreuses perquisitions et arrestations. Ils attendaient la nuit, comme il n’y avait pas d’électricité, pour violer les femmes. Les balles venaient trouver les enfants dans leur lit. Ce que nous avons vécu est incroyable. Nos frères guinéens se sont mobilisés, ici, là-bas, chacun a fait de son mieux. On a lutté comme ça jusqu’à ce que la CEDEAO arrive pour négocier. »

Les syndicats sont d’ailleurs critiqués pour ne pas avoir été au bout de la grève, c’est à dire le départ sans condition de Lansana Conté. Mais Rabiatou nous explique, qu’ils étaient acculés. Que les gens avaient faim et que la situation de totale impunité devenait ingérable, gonflant la liste des morts et disparus de jour en jour.

Les acquis sont cependant irréversibles. La population a pris conscience : « le changement va venir mais on ne sait comment il va arriver. Pour nous rien n’est encore fait, c’est maintenant que ça se passe », dit Rabiatou.

La mise en place concrète de ces changements se joue sur plusieurs fronts, et pour la CNTG, « la grève reste la dernière arme ». Les syndicats se déplacent pour rencontrer la CEDEAO, l’Union Européenne, la banque mondiale, les syndicats, les mouvements sociaux afin de trouver des alternatives. Cela fait partie des buts de la tournée en cours de Rabiatou Diallo en Europe : créer des alliances à l’extérieur pour faire jouer les solidarités et faire pression sur le gouvernement guinéen. « Le seul soutien que l’on a est international », rappelle Rabiatou.

Les mouvements populaires en quête d’alternative à un Etat dans l’impasse

Dans la lignée des mouvements populaires proposant des alternatives aux modèles dominants, les analyses du mouvement syndical que représente Rabiatou se basent sur la nécessité d’un changement de mentalité et de méthode de travail tant au niveau des dirigeants que de la base. La lutte de société civile s’est faite au nom du meilleur partage, entre les différentes catégories de la population, des ressources dont regorge la Guinée. D’où l’importance de réviser les conventions sur les ressources minières de Guinée, encore largement sous-exploitées (premières réserves mondiales de bauxite, uranium, fer, pétrole, or, diamant, etc.) mais aussi d’annuler la dette odieuse guinéenne.

Rabiatou insiste aussi sur le travail nécessaire au niveau local, sur l’importance d’informer la base, de mettre au point une éducation populaire et citoyenne. Avec ses équipes, elle a parcouru le pays pour sensibiliser les populations rurales notamment par rapport aux élections. « Je leur disais : si tu as un sac de riz, un petit 100 000 francs, tu es servi ? et après tout recommencera comme avant !... C’est là que nous avons besoin d’être ! Auprès de la population. Il faut impliquer toute la base, que chacun ai les même information que le sommet. »

Il y a aussi le projet de cette rencontre intersyndicale à venir, lors de laquelle chaque syndicat devra venir avec son propre bilan et sa propre analyse sur la situation. « Effectivement il y a des problèmes à tout les niveaux. Il faut faire une évaluation à mi-parcours, cela n’a pas été fait ».

Elle parle simplement, ose dire les choses devant les questions des Guinéens de l’extérieur parfois gênantes, notamment sur l’implication des syndicats dans les arènes politiques.

Rabiatou clarifie : « les syndicats ne porte pas que des revendications salariales, mais participent aussi au développement, ils peuvent contribuer à régler des questions sociales. Les syndicats font de la politique ! Les syndicats demandent que la loi soit modifiée et qu’il y ait la possibilité d’une candidature indépendante. C’est pourquoi les politiques sont sur notre dos ! Un syndicat peut appuyer un candidat. »

Karine Besses

[1] Evènement organisé le samedi 10 novembre à Paris par le Comité français de la Marche Mondiale des Femmes à la Bourse du Travail à Paris, dans le cadre d’une tournée internationale de Rabiatou Diallo.

[2] Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne. Mis en place en février 2002, le CNOSCG regroupe les principales fédérations, centrales syndicales, réseaux et coalitions d’ONG et d’organisations professionnelles de la Guinée. Il est également constitué de conseils régionaux, préfectoraux et sous-préfectoraux qui recouvrent l’ensemble du territoire national. Le CNOSCG a pour mission de sauvegarder et promouvoir les intérêts de la société civile guinéenne, promouvoir le développement et la démocratie participative et la coopération avec les autres acteurs de développement.

[3] Le premier Ministre désigné d’abord fut un homme de Konté, refusé par les syndicalistes qui ont exigé un choix parmi une liste de quatre candidats proposés par eux. Lorsque le choix s’est porté sur Kouyaté, l’un des quatre, la grève fut alors suspendue.

[4] D’abord sous le régime communiste de Sékou Touré, après l’indépendance, puis sous la dictature du colonel Lansana Conté arrivé au pouvoir avec le coup d’état militaire de 1984.

[5] Parce que la compréhension passe aussi par des voies sensibles, voir la dénonciation par les rappeurs de Conakry, jeunesse laissée pour compte, du marasme économique et de la main mise du pouvoir…..

[6] Voir également l’interview accordée pour la Banque Mondiale à Dakar

[7] Elle a été, entre autres, présidente des Femmes de l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA) en 1999, présidente panafricaine de l’Organisation démocratique syndicale des travailleurs d’Afrique (ODSTA) en 2002, présidente des Femmes de la Confédération mondiale du travail (CMT), la même année, réélue à la direction de la CNTG en 2005, vice-présidente de la Confédération internationale syndicale (CIS) lors de son conseil général à Bruxelles en 2007. Nommée citoyenne d’honneur par le Gouverneur du Texas en 1985, elle a été sélectionnée parmi les « 100 Héroïnes du monde pour la Défense des droits de la femme » à Rochester (New York) en 1988, membre du Conseil économique et social (CES) de la République de Guinée en 1997, membre du conseil d’administration du Bureau international du travail (BIT) en 2001, membre de la Commission électorale nationale (CNE) en 2002, membre titulaire du conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT) en 2005, désignée « Femme du monde 2006 » en Hollande et élue vice-présidente de la 96ème Session internationale de la Conférence de l’OIT à Genève en 2007.


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